Plume et parchemin

Plume et parchemin

Chapitre 12 - un repas somptueux

Chapitre 12

Un dîner somptueux

 

            Le reste du dimanche, je l'ai passé en flânant, paresseusement, rêveusement.  Le lundi retour au boulot et finies de rêvasser. Une semaine bien chargée en perspective mais quelques dossiers très intéressants également, je ne dois pas le nier, ce job me passionne par son côté extrêmement varié. Chaque cas est une découverte et mon avocate est fort compétente, je dois le reconnaître.

Vendredi arrive vite, je n'ai pas vu passer cette semaine. En rentrant chez moi, le soir je trouve un message de mon architecte.

« Chère Alexia, j'aimerais vous faire partager un nouveau fantasme, totalement différent. Je souhaiterais vous inviter au restaurant demain soir. J'ai pensé au « Manoir de la Régate» car je serais ravi et fier de vous avoir, dans une jolie robe, à côté de moi. Répondez-moi rapidement s'il vous plait, afin que je puisse réserver notre table si vous acceptez mon invitation. Respectueusement votre, Patrick Belmont »

 Oh un dîner au Manoir de la Régate, un des restaurants gastronomiques de ma région ! Je réponds immédiatement.

« Cher Monsieur Belmont, je suis très flattée que vous songiez à moi pour vous accompagner et j'accepte avec grand plaisir votre invitation pour demain soir. Avec ma profonde gratitude, Alexia Delville »

 

 Très peu de temps après l'envoi de mon message, je reçois une réponse.

« Chère Alexia, je suis ravi à l'idée de notre sortie demain soir. Si vous permettez, un taxi viendra vous prendre à 19 h devant votre immeuble, je vous attendrai au Manoir, impatient de découvrir mon élégante invitée. Avec ma très respectueuse considération, Patrick Belmont ».

J'ajoute immédiatement un petit message.

« Cher Monsieur Belmont, me permettez-vous d'ajouter un souhait pour demain soir ? Puisque vous m'attendrez au Manoir, je vous laisse le choix de composer le menu, je me fie à votre goût et ce sera pour moi, une surprise supplémentaire. Respectueuses salutations, Alexia Delville ».

La réponse ne se fait pas attendre.

« Ma chère Alexia, je suis très flatté par cette marque de confiance en espérant que vous ne regretterez pas mes choix. A demain soir avec impatience, Patrick Belmont ».

 

 Je me demande ce qu'il a prévu après ce dîner très chic, mais je suis très honorée qu'il m'emmène dans ce lieu de la gastronomie.

Je passe en revue dans ma tête les tenues chics pour ce genre de dîner. Je peux remettre ma robe en mousseline bleu nuit.

Mais non, je sais ce que je peux choisir, je n'ai porté cette robe qu'une seule fois pour le mariage de mon cousin qui avait lieu dans un château près de Paris. Une robe en mousseline, également, mais de couleur prune, le corsage est très échancré, avec un effet drapé. Une des larges bretelles comporte une grosse rose en tulle de la même teinte. La jupe coupée en biais est très resserrée à la taille. Je possède une photo de moi dans cette robe. Je me souviens que je portais deux pendentifs ornés de strass et un gros bracelet également ornés de brillants. J'avais les cheveux libres qui descendaient le long d'une épaule.

Je crois que je vais reprendre cette configuration, avec beaucoup moins de bijoux, il s'agit d'un dîner pas d'un cocktail. Pour les cheveux, ce n'est pas une mauvaise idée de les laisser assez libres mais éviter qu'ils ne puissent tomber dans mon assiette lorsque je mange, ça ferait désordre.

J'ai tout l'après-midi du samedi pour me préparer pour le soir. Je vais porter mes sandales noires aux lanières croisées sur le dessus du pied. Ce sont des sandales pour la danse latine que j'ai achetées en solde dans la boutique où je me fournis pour mes justaucorps de danse.

J'attache mes cheveux en laissant retomber une longue mèche sur l'épaule, le reste étant retenu par une barrette avec des strass, assortie à mon médaillon, une grosse pierre du genre aigue-marine entourée de petits brillants (tout est faux mais je ne sors pas avec un bijoutier). Je garde la bague, de forme oblongue, elle allonge la main. 

Je soigne mon maquillage : un léger fond de teint et du fard pour rehausser les pommettes, je souligne mes yeux d'ombre dans les tons prune et gris pour agrandir le regard.

Le reflet dans ma psyché me satisfait, la tenue est très classe. Je me demande comment sera habillé mon architecte.

Je me munis d'une étole et d'une petite pochette et je descends, j'attends quelques instants dans le hall de mon immeuble, le taxi se gare devant chez moi.

 Nous arrivons devant le Manoir de la Régate, un très bel hôtel particulier du XIXe siècle, les murs sont couverts de vigne vierge et des grands parasols blancs protègent des tables à l'extérieur.

C'est justement là que m'attend Monsieur Belmont. Il porte avec beaucoup d'élégance un costume bleu nuit, chemise blanche et une cravate d'un bleu un peu soutenu, piquée de points blancs.

-        Alexia, vous êtes absolument splendide, dit-il en s'approchant de moi et me baisant la main.
-        Contente que ça vous plaise. Le cadre est magnifique, je ne connaissais pas cet endroit.
-        Venez à l'intérieur - il me tend son bras  - il y a la vue sur l'Erdre.

Le maître d'hôtel nous conduit à notre table qui est près d'une porte-fenêtre et en effet on a une très jolie vue sur la rivière. Il y a assez peu de clients dans le restaurant, ils sont disséminés un peu partout dans la salle et certains mangeront dehors car des couverts sont mis sur les tables en terrasse - nous serons donc tranquilles pour discuter.

Notre table est ronde mais les deux couverts sont placés côte à côte et non pas l'un en face de l'autre, sans doute à la demande de mon architecte.

Quand nous sommes installés, le maître d'hôtel apporte deux menus. A l'intérieur une seule feuille indique :


Entrée : St Jacques poêlées, asperges vertes aux pistaches grillées, sauce au citron Bergamote

 

Plat : Le Bar de nos côtes en croûte d'épices, marmelade d'aubergines, sauce ananas

 

Dessert : Crémeux de chocolat noir, au confit de griottes, cerise pochée au jus épicé, sorbet de cerise noire.

 

 Vin : Muscadet sur Lie Sèvre et Maine - cuvée Prestige  Domaine Bruno Cormerais.

 

 

 

 

 

-          J’espère que mon choix vous convient, Alexia ?

-          Absolument parfait et cela m’évite de lire la carte et de chercher par moi-même. Finalement, j’aurais peut-être fait le même choix que vous, dis-je en souriant.

Le maître d’hôtel nous propose un apéritif, je décline la proposition.

-        Je préfère pouvoir goûter le vin… une cuvée prestige, ça doit être sublime.

Le maître d’hôtel commence à vanter les qualités de ce vin « qui est servi sur les grandes tables parisiennes » ajoute-t-il.

Il nous apporte une petite assiette d’amuse bouches pour nous faire patienter et vient servir ce fameux vin. Il le fait goûter à Monsieur Belmont.

-        Parfait, très fruité… il ne faillit pas à sa réputation.

Lorsque le maître d’hôtel s’éloigne, monsieur Belmont se tourne vers moi.

-        Quel plaisir d’être avec vous, Alexia, vous êtes tellement classe, j’aimerais que la salle soit pleine pour vous admirer ! 

-        Tout d’abord, merci, ensuite je tenais à vous faire honneur.

-        C’est donc pour moi ? c’est largement au-dessus de ce que je pouvais espérer, mais avec vous il en est toujours ainsi – son regard est chaud, appuyé – je rougis légèrement.

-        J’aime beaucoup ce costume bleu, ça vous va très bien.

-        Et moi, j’aime bien cette coiffure, à la fois libre et sophistiquée – Il prend la boucle qui retombe sur mon épaule et la porte à ses lèvres.

Il va falloir que nous cessions de nous faire des compliments mutuels…mais je suis contente qu’il ait apprécié mes efforts vestimentaires.

Nous grignotons les petits canapés et préparations des amuse-bouches en bavardant. Je n’ai pas l’habitude d’être avec mon architecte de cette manière, cela ressemble à la fois à un dîner formel et une réunion de deux … amants ? Mais nous trouvons rapidement des sujets communs de conversation, heureusement.

Le premier plat nous est servi. C’est très joliment présenté déjà et ça semble très appétissant.

-          Bon appétit, Monsieur.

-          Bon appétit Alexia, me répond Patrick Belmont avec un petit sourire en coin.

Nous dégustons nos St Jacques en commentant les garnitures et la sauce. Le vin se marie parfaitement avec les saveurs. Je complimente mon «hôte ».

-        Je suis ravi que mon choix vous convienne. J’ai misé sur des produits de la mer, plutôt que sur une viande.

-        C’est parfait pour un dîner. J’aurais fait le même choix que vous.

Nous continuons à bavarder tranquillement en attendant notre plat de poisson qui arrive assez rapidement.

La présentation est très originale. J’admire le travail de décoration des assiettes, c’est déjà un plaisir visuel avant de goûter.

-          J’ai osé un choix de sucré, salé avec la sauce à l’ananas, je ne sais pas si ça vous convient ? s’inquiète Monsieur Belmont.

-          Je suis une grande adepte du doux-amer, et sucré salé, ça peut surprendre quelquefois, mais en général je trouve que ça se marie très bien. Goûtons cet accord des saveurs.

 

L’alliance s’avère être parfaitement bien dosée et nous nous régalons tous les deux, ce qui réjouit visiblement mon hôte.

Après les verres du vin frais, je commence à sentir une légère griserie, mais ça me met à l’aise. Monsieur Belmont aussi semble-t-il. Il passe la main sur le tissu de ma robe.

-        Quelle légèreté… c’est à la fois couvrant et transparent… dit-il un brin songeur… petit slip en dentelle noire ? demande-t-il tout à coup en caressant ma jupe.  

-        Non monsieur, satin prune assorti à la robe, je réponds en le regardant droit dans les yeux.

-        Vos choix de lingerie sont une merveilleuse découverte pour moi !

-        Oh, votre ex-épouse devait avoir des dessous chics, non ?

-        Chics ? Alexia, mon ex-épouse avait des dessous dignes d’une escort-girl ! elle s’habillait également dans ce style, robes ultra moulantes, au ras des fesses, qu’elle disait être sexy mais que je trouvais franchement vulgaires… je ne l’ai jamais vue vêtue avec classe et élégance. Vous comprenez pourquoi j’ai tout de suite fantasmé en vous découvrant dans votre joli petit tailleur bleu marine, la jupe s’évasant sur vos jambes élégantes.  

Je me mets à rire doucement.

-        Puisque nous évoquons nos « ex », quel était le style de votre compagnon ? ajoute-t-il.

-        Matthieu ? Il avait un goût de …(j’ai failli dire de chiotte) plutôt il n’avait aucun goût. J’ai dû me bagarrer pour lui faire acheter autre chose qu’un jean et un pantalon de velours sans forme.

-        Bigre ! mais dites-moi, Alexia, comment avons-nous réussi tous les deux à être avec une personne qui, manifestement ne nous correspondait pas ?

-        Bonne question !

-        Qu’est-ce qui vous a séduit chez votre Matthieu, s’il ne s’habillait pas selon vos goûts ?

-        Ce qu’il avait dans la tête, dis-je en riant… c’était un brillant causeur, il m’a subjuguée en discutant pendant une heure et plus sur les légendes arthuriennes !

-        Oh, je vois ! vous l’avez pris pour Lancelot et vous vous sentiez l’âme de Guenièvre ? dit-il avec un sourire.

-        Je l’ai plutôt pris pour le roi Arthur… finalement, il était assez « rasoir » et pas du tout aventureux comme l’aurait été Lancelot. Très conformiste et toujours à me donner des leçons, comme si j’étais une gamine ignare. Les hommes au QI élevés sont franchement très fastidieux dans la vie à deux… ils admirent constamment leur « magnifique intelligence » et monologuent.

Nous nous mettons à rire tous les deux à cette évocation.

        

Le maître d’hôtel arrive avec nos desserts. Les assiettes sont magnifiquement élaborées.

-      Merci d’avoir pensé au chocolat, dis-je.

-      Oh, je connais un de vos péchés mignons dit-il en clignant de l’oeil… et les cerises ? vous aimez ?

-      Naturellement, c’est ce qui se marie très bien avec le chocolat très noir.

Nous dégustons bouchées après bouchées, cette petite merveille avec des « hummm » et « oh que c’est bon ». Il y a des plaisirs sensuels dans le fait de goûter des choses aussi délicieuses pour le palais.

Nous reposons nos fourchettes à gâteaux, totalement rassasiés et comblés.

-          Au fait, j’ai un petit quelque chose pour vous, dit Monsieur Belmont.

Il fouille dans sa poche et sort un petit sachet de daim, l’ouvre, prend mon poignet et attache un jonc d’or qui comporte un motif au centre.

Je me penche pour regarder de plus près, il s’agit d’un petit téléphone.

-          Cela fait un mois et demi que je vous ai vue pour la première fois, Alexia, je voulais marquer le souvenir de cette première rencontre

-          Merci, merci… Je lève les yeux vers mon architecte, émue de sa gentillesse et délicatesse. Je vous remercierais bien d’un baiser, mais ça ne se fait pas dans ce bel établissement, dis-je avec un sourire.

-          Je peux attendre, me répond-il avec un regard très appuyé… ça n’en donnera que plus de prix.

Je fais tourner le petit bracelet autour de mon poignet. Il est juste à ma taille, je le trouve très fin, très élégant.

-          Je suis vraiment très touchée, vous l’avez fait faire ? Avec un de vos dessins, je suppose ?

-          Oui, c’est cela. J’aime les cadeaux personnalisés.

-          Moi aussi. Il va falloir que je me mette à vous tricoter une écharpe pour l’hiver, dis-je d’un ton qui se veut sérieux.  

-          Si vous voulez, et les chaussettes aussi ! ajoute mon hôte sur le même ton.

C’est plus facile de plaisanter, car sinon, nous allons échanger des regards intenses et où cela nous conduira-t-il ?



04/07/2014
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