Plume et parchemin

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Chapitre 13 - les fièvres de mon architecte

Chapitre 13

 

Les fièvres de mon architecte

        J’ai beaucoup apprécié cette soirée, mais je me demande où était le fantasme de mon architecte. Sortir bien accompagné ? J’ai vaguement l’impression qu’il me faisait la cour, mais ça doit être le fruit de mon imagination. A quoi jouait-il alors ? Et pourquoi a-t-il été vexé que je l’appelle Monsieur Belmont ? Je le fais toujours…je ne l’appelle pas « Patrick », enfin si … dans certaines circonstances qu’il a bien notées d’ailleurs. Fichtre, me voilà dans de beaux draps… enfin façon de parler.

Je rêvasse toute la journée du dimanche. Je fais le bilan des 4 dernières années, surtout les trois années où j’ai connu Matthieu. Nous avions fini par nous installer ensemble, j’étais persuadée (ou je voulais me persuader) que tout irait bien entre nous… mais peu à peu tout s’était dégradé et je m’étais aperçue que le jeune homme brillant qui m’avait séduite n’était pas du tout celui que je croyais. Je m’ennuyais auprès de lui, il me rabaissait auprès de ses connaissances, toutes aussi « lettrées » que lui. Aucune empathie et côté sexe il faisait ça comme il aurait mis une lessive dans le lave-linge… machinalement ! Aucune inventivité, alors qu’il pouvait argumenter des heures (c’est comme ça qu’il m’avait séduite) sur les amours des personnages mythiques dans la légende arthurienne… tout dans la tête et pas beaucoup d’imagination dans le « trousers’department » comme mon amie de Londres nomme cet endroit très masculin.

Inutile de revenir sur les erreurs du passé.

Lundi matin, je reprends mon travail chez maître Surgères, une semaine bien remplie m’attend.

Mercredi je rentre vers 18h, pour une fois j’ai terminé suffisamment tôt.

Le temps de poser mes affaires, de me changer et je vais ouvrir ma boîte mail. Je découvre un message émanant de Monsieur Belmont ! Quelle surprise !

« Alexia, maintenant je regrette de ne pas avoir accepté ce baiser… il me manque… terriblement – Patrick Belmont »

Là, je suis estomaquée. Mon architecte a l’air dans tous ses états pour un baiser manqué ? Que lui arrive-t-il ?

Je réponds immédiatement :

« Cher Monsieur Belmont, votre message m’intrigue, que puis-je pour vous ? »

 

J’ai à peine le temps de me retourner que la réponse arrive. Il est collé devant son ordinateur ?

« Chère Alexia, j’ai très envie de vous voir – Patrick Belmont »

C’est bien laconique et ça ne m’explique pas du tout ce qui lui arrive. Où est-il ? Au travail, chez lui ?

Après tout il m’a donné son numéro de portable personnel, je vais risquer de l’appeler.

Je me cale dans le salon et compose son numéro…. Trois sonneries et sa voix, monocorde, un peu lasse.

-          « Patrick Belmont, je vous écoute »

-          « Bonjour monsieur, c’est Alexia » -  j’essaie d’avoir une voix normale.

-          « Alexia ! comme c’est gentil de m’appeler ! » - le ton change, il a l’air ravi.

-          « Je n’ai pas bien compris votre demande, pourriez-vous m’expliquer s’il vous plait ? »

-          « Oh… c’est tout simple – il marque un temps d’arrêt – j’ai envie de te voir, voilà »

-          « Ah…. » quoi dire…

-          « Oui, je sais on est mercredi, ça ne fait pas partie de nos arrangements, mais bon,…il y a des exigences qui ne se commandent pas ».

-          « hum, hum… » - je réfléchis à la suite à donner à sa demande.

-             « Je suppose que je t’ennuie – le ton est un peu plus froid.

-          « Si vous m’ennuyiez, je ne vous aurais pas appelé, je crois, dis-je doucement ».

-         « C’est un fait. Que veux-tu savoir de plus ? Je suis comme un crétin chez moi à tourner en rond, à me dire « pourquoi n’ai-je pas accepté son baiser, samedi soir ? j’ai vraiment l’air malin, là ».

Je sens de la tension dans sa voix, il a même l’air totalement … comment dirais-je, désemparé ? A cause d’un baiser manqué ? Ca n’a aucun sens. Que lui est-il arrivé qu’il ne veuille pas me confier ?   

-          « Vous voulez me voir, maintenant ? Ce soir ? »

Un silence, je l’entends soupirer dans son portable.

-          « Quelque chose ne va pas ? Je peux vous aider ? » - je commence à être un peu inquiète, jamais je ne l’ai senti dans cet état. – vous n’êtes pas malade au moins ? »

-          Non, je ne crois pas, dit-il avec une sorte de petit rire ou peut-être bien que si, je dois sûrement être fiévreux…

Bizarre, il faut que je vérifie ça.

-          « Le temps de me changer et j’arrive, ça vous va ? »

-          « Oh oui, c’est parfait… merci Alexia, prends ton temps quand même, je ne suis pas mourant ».

-          « J’espère bien. A très bientôt. »

Je raccroche et commence à aller dans ma chambre retirer le vieux jean que j’ai enfilé en vitesse en rentrant. Je regarde dans mon armoire à pharmacie, je vais prendre du paracétamol, on ne sait jamais. Les hommes ne savent pas se soigner, c’est bien connu !  

Finalement, je suis prête, je file prendre le tram, à cette heure il y en a encore toutes les 6 minutes, ça ne sera pas très long pour aller jusque chez lui.

Je marche un peu vite, mais j’ai des chaussures plates et une jupe à plis qui n’entravent pas mes mouvements.

J’arrive devant l’immeuble de mon architecte. Je sonne à l’interphone, il me répond presque aussitôt « Alexia ? » - « oui, c’est moi » - J’entends le déclenchement de la porte. J’entre, l’ascenseur est déjà là, je grimpe jusqu’à son étage. Dans quel état vais-je le trouver ?

Il ouvre la porte dès que j’arrive sur le pallier, s’efface et me laisse pénétrer chez lui. Il a la chemise à moitié ouverte et les cheveux en bataille comme s’il n’avait pas cessé de se passer la main dedans, ses yeux sont brillants.

Je le pousse au salon, vers le canapé, il s’assied sans rien dire, il me regarde seulement – bizarre, il n’est vraiment pas dans son état normal. Je pose ma main sur son front, il semble légèrement chaud mais s’il s’est agité c’est logique.

-        Vous ne vous sentez pas bien ? je demande.

-        Non… pas vraiment… - sa voix est hachée.

-        Depuis quand êtes-vous comme ça ?

-        Depuis le début de l’après-midi… je n’arrivais pas à travailler… Laurent a vu ce que je dessinais et m’a dit qu’il valait mieux que je rentre chez moi.

-        Vous aviez de la fièvre ?

-        Oh sûrement, dit-il avec un petit gloussement.

-        Vous avez pris quelque chose ?

-        Non ! Que veux-tu que je prenne ?

-        Du paracétamol ? Je vous en ai apporté…

-        Oh merci… c’est très gentil, mais ce n’est pas ce dont j’ai besoin.

-        Ah ? De quoi avez-vous besoin alors ?

-        Hummm ta main fraîche sur mon front, c’est déjà très agréable… et puis… je crois que tu me dois un baiser…

-        Oui, mais … vous n’êtes pas malade à cause d’un baiser quand même ? Vous me faites un caprice ? Ce n’est pas votre genre pourtant.

-        Non ? C’est quoi mon genre alors ? demande-t-il l’air innocent (tout juste s’il ne papillonne pas des yeux)

-         Euhhh, beaucoup plus décidé – je lui montre le bracelet avec le petit téléphone (il ne me quitte pas), ce genre-là, vous voyez de quoi je parle ?

Il hoche la tête… me saisit et m’attire sur ses genoux.

-          Comme ça c’est mieux ? Tu me reconnais ?

-          Je constate au moins que vous n’êtes pas si malade.

-          Embrasse-moi, dit-il à voix basse, embrasse-moi s’il te plait, j’en ai tellement envie.

Pourquoi me le demande-t-il ? Il fait beaucoup de choses sans me le demander et rarement m’embrasser d’ailleurs. On m’a changé mon architecte ?

Je passe mes deux mains pour discipliner sa chevelure en bataille, remonte sa petite mèche que j’adore, il ferme les yeux, se laisse faire… j’effleure ses lèvres, en goûte la douceur, le velouté et doucement j’accentue le baiser. Nos bouches se cherchent alors plus avidement, nos langues s’emmêlent et nous goûtons une union sensuelle, longuement, comme si nous ne pouvions plus interrompre cet échange. Enfin, essoufflés nous nous séparons, je niche ma tête dans son cou, j’aime son odeur. Ma bouche est au creux de son épaule et il me dit

-          Mords-moi ! Marque-moi !

J’appuie mes dents contre sa peau, j’ai sa chair musclée contre ma bouche et j’appuie, plus fort, je vais lui laisser une marque. Il me serre contre lui.

Je me redresse, regarde – Il y a une belle trace rouge, mince alors !

Il penche la tête pour essayer de voir et se met à rire doucement.

-          Je porte ta signature, ta marque Alexia.

Je me sens un peu embarrassée, mais il a l’air tellement heureux.

-          Encore un de vos fantasmes ?

-          Nonnnn, pas vraiment …

-          Alors pourquoi ?

-          Oh, c’est compliqué…

Oui, et encore ? Qu’est-ce qui lui passe dans la tête ? Il est quand même étrange depuis samedi. Je continue à caresser son visage, la courte barbe assez douce, je suis ses traits des doigts, je n’ai jamais eu le loisir de le faire, car nous n’avons échangé que très érotiquement, nous n’avons jamais eu des moments de tendresse. Je sens, instinctivement, qu’il en a besoin maintenant. Je continue à déboutonner sa chemise et je caresse son torse, sa douce toison. Ce soir, il m’offre sa … fragilité ? Oui, je pourrais dire cela, et j’en profite. Je l’embrasse de nouveau, il prolonge ce moment si intime… je crois qu’on se donne plus dans un baiser qu’en « forniquant » si je puis dire. Ce qu’il a toujours évité ; je commence à comprendre le sens de ses paroles dans la voiture, lorsqu’il s’était fermé comme une huître parce que je l’avais appelé « Monsieur Belmont ». Il avait peut-être déjà envie de ce moment de tendresse, après notre repas qui nous avait rapprochés.

Je pose des petits baisers sur ses sourcils, ses paupières, son nez, son menton et puis chuchote dans son oreille « Patrick ?»

Il ouvre les yeux tout grands et me regarde étonné. « Oui ? »

-          Vous pouvez m’expliquer maintenant ? Ce qui ne va pas ? – Il pousse un long soupir – Oh c’est si difficile que ça ? je suis là pour écouter… sans distance…j’ajoute très bas, sachant que je joue un jeu dangereux si je laisse tomber ma garde.

Il me fixe de son regard bleu si clair, comme s’il doutait de ce qu’il vient d’entendre. Il s’installe plus confortablement sur le canapé, moi tout près de lui.

-          Alexia, j’adore nos petits jeux érotiques et j’espère continuer mais…- un petit silence -

-          Mais quoi ??

-          J’ai envie de plus d’échanges avec toi, comme ce dîner samedi. J’aimerais aller au concert ou au théâtre avec toi, que nous allions au bord de la mer, tu vois ?

-          Je pense que ce serait très agréable… nous nous entendons plutôt bien.

-          Tu le penses aussi ? Tu serais d’accord ?

-          Du moment que nous gardons une autonomie, d’abord à cause de nos activités respectives…et puis…

-          Tu vois ça comme ça toi aussi, chacun chez soi, mais se retrouver pour de bons moments ? c’est ainsi que je l’envisageais… d’abord je n’ai pas toujours bon caractère, je peux être grognon quand j’ai des soucis avec le boulot…

-          Ah, je vois, dis-je en riant !

-          Mais tu as peut-être aussi envie d’être seule, t’occuper de toi-même, non ?

-          Oh oui !

-          Et rien ne nous empêche de nous retrouver si nous en avons envie….

-          Comme ce soir, dis-je malicieusement.

-          Merci d’être venue… tu as compris que quelque chose n’allait pas ? demande-t-il

-          Ah oui, tu m’as inquiété ! J’ai pensé que tu étais malade… (tiens ! mais j’ai réussi à le tutoyer !)

-          Un peu en quelque sorte ! Je t’assure que je me sentais fiévreux cet après-midi.

-          Au fait, que dessinais-tu qui a effrayé ton collègue ? je demande intriguée.

-          Oh !! – je crois qu’il rougit un peu – J’avais un projet à réaliser et j’ai commencé des croquis. Laurent est arrivé et m’a dit « c’est quoi ça ? » Je lui ai répondu que ce serait l’entrée du bâtiment (c’est une future médiathèque) – « eh bien les lecteurs n’auront que des lectures érotiques ! parce que ton entrée, on dirait le sexe d’une femme ! »

-          C’était vrai ? je m’exclame.

-          Hélas oui, dit-il d’un ton penaud, c’est là qu’il m’a dit de rentrer chez moi. 

Pfffff je commence à pouffer de rire

-        Alexia ! Tu n’es pas charitable !! C’était à cause de toi !!

-        Je sais mais … - pffff je ris encore -… j’imagine la médiathèque …pffffffffff – je suis pliée en deux de rire.

Patrick se joint à moi et nous voilà pris dans un fou rire, nous tordant, pleurant, hoquetant.

Au moins, cela nous remet tous les deux dans une ambiance plus décontractée.

-          Tu es partie en vitesse de chez toi, tu n’as pas mangé ? Tu as faim ? demande mon architecte.

-          Euh oui, un peu …(d’ailleurs à cette évocation mon estomac se met à gargouiller)

-          Oh, là tu ne peux pas tricher, tu AS faim ! dit-il en riant – Allez viens on va se faire un petit dîner.

 

Je le suis à la cuisine. Il ouvre son frigo et énonce :

-          J’ai du saumon fumé, du tarama, des blinis, en accompagnement de l’aneth et de la crème fraîche…Ca te va ?

-          Génial ! Quel choix ! (si je me souviens bien, la dernière fois où j’étais chez lui, il avait des tomates et des œufs)

-          J’ai fait les courses en pensant à toi, dit-il en me regardant longuement.  

-          Oh !! merci…- je suis tellement surprise et touchée que je ne sais plus quoi dire.

-          J’ai un délicieux vin blanc, des fraises et… plein de glaces pour le dessert ! ses yeux brillent en disant cela.

Ca va, j’ai retrouvé mon architecte, il revient dans son état normal.

Nous dégustons un délicieux dîner, le Pouilly-Fumé qu’il a choisi s’accorde parfaitement avec le saumon, les blinis.

-          J’admire ta connaissance des vins, lui dis-je.

-          J’ai suivi des cours avec un œnologue. C’est très intéressant de découvrir les parfums et les plats avec lesquels ils se marient bien.

-          Je n’en doute pas. Ca ne doit pas être si facile. Par exemple, j’aime beaucoup cuisiner des curry indiens, mais les épices sont difficiles à associer à un vin. Il faudra qu’on fasse des essais : je cuisinerai et tu choiras le cru qui s’associe le mieux avec le plat.

-          Génial ! avec grand plaisir Alexia !

Une expérience intéressante à envisager… finalement il n’y a pas que dans les positions du kama-sutra où nous nous entendons bien.

Nous terminons le dîner en mangeant les fraises et je lui demande de pouvoir repartir ce soir car le lendemain, je dois me lever tôt pour aller bosser … lui aussi d’ailleurs.

-          Un autre petit dessert vite fait, peut-être ? suggère mon architecte les yeux brillants.

Je sais de quel genre de dessert il veut parler.

-          Il vaut mieux, sinon tu vas me faire des crises de manque, dis-je en riant, et je ne veux pas être responsable de dessins extrêmement compromettants demain !

-          Que veux-tu ? As-tu une suggestion ? demande-t-il d’un air gourmand.

-          Aucune idée, peut-être te faire plaisir, pour calmer tes «fièvres » ?

-          Hummm, je vois bien quelque chose… viens ! dit-il en me tendant la main.

Il m’emmène dans le salon.

-          Sur le canapé ? je demande, étonnée.

-          Ouiiiiii, mais j’aimerais bien en levrette …

Je me mets à rire.

-          On soulève juste la jupe, ça ira ?

Il s’exécute – soulève ma jupe, tire sur mon petit slip, je me penche sur le canapé pendant qu’il se place derrière moi.

Il caresse mon sexe avec le bout de son pénis et quand il sent que je suis prête, il me pénètre doucement d’abord, puis de plus en plus profondément. Quand le bout de sa queue est nichée tout au fond de moi, il bouge, va et vient en tenant mes fesses et j’adore cette sensation (je ne sais pas pourquoi je pensais ne pas aimer cette position) c’est délicieusement intense lorsqu’il va plus fort, plus vite… je sens qu’il gonfle et j’attends qu’il se libère en moi.

-          Patrick, viens, s’il te plait, j’en ai envie….

Il jouit longuement, déclenchant mon orgasme. Nous haletons tous les deux.

-          Humm le deuxième dessert était vraiment excellent, dit-il en me serrant contre lui. As-tu aimé au moins ?

-          C’est la première fois que je trouve ça aussi agréable dans cette position, c’est très excitant, surtout pour toi ! dis-je en souriant.

-          Oh ouiiiii, quelle vue imprenable ! j’adore ton joli petit…enfin tes jolies fesses.

Nous nous mettons à rire tous les deux.

-          Je passe à la salle de bains et je me sauve cette fois.

Il me rejoint et me tend le petit morceau de dentelle noire.

-          N’oublie pas ça, sinon, tu vas rentrer fesses nues chez toi… je ne veux pas qu’on vienne te peloter dans le tram. (j’ai refusé qu’il sorte me raccompagner).

 

Nous avons du mal à nous séparer en attendant l’ascenseur.

-          Tu vas passer une bonne nuit ? Pas d’états d’âmes ? je demande.

-          Non Alexia, je suis bien, merci. Toi aussi passe une très bonne nuit et fais de doux rêves… à bientôt !

 

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08/07/2014
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