Plume et parchemin

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Les Mordus de la danse - chapitre 3 - Le club

Chapitre trois

Le club « Mordus de la danse »

 

 

 

-          Tu as tout John ? Rien oublié ?

-          J'ai déposé les costumes sur la banquette arrière, ton sac et le mien sont dans le coffre, on peut y aller.

Nous étions prêts pour nous rendre au fameux club de Tristan Halcombe (une idée germait dans mon esprit qu'il s'agissait de « son établissement » ne me demandez pas pourquoi) et j'étais nerveuse, j'avais le trac, alors que j'ai l'habitude de danser devant des spectateurs. John toujours très calme, comme d'habitude, se met au volant de sa voiture (je n'en possède pas et conduis très rarement, surtout dans Londres).

 

Nous arrivons dans la rue que nous avions repérée sur le plan. On nous avait signalé qu'il y avait un parking derrière le club, je guette donc les numéros pour trouver l'entrée.

-          56, c'est ici ; Oh mais c'est un genre de night-club cet établissement, le nom est inscrit sur une enseigne, en néons !

John passe sous le porche qui jouxte le bâtiment et va garer la voiture dans le petit parking.

-          Qu'est-ce qu'on va faire dans un night-club, demandè-je, anxieuse.

-          On va danser, tiens, répond John toujours pragmatique.

-          En après-midi ? Devant qui ?

-          Ben, tu verras bien ; il nous a invités ton « sauveur » il a peut-être préparé une petite sauterie avec des amis ? Allez, prenons nos affaires.

Chargés de nos sacs et de nos cintres avec nos costumes, nous nous dirigeons vers une porte sur le côté. Il y a une sonnette, John appuie sur le bouton.

La porte s'ouvre, un jeune homme, blond, beau gosse, nous accueille.

-          Vous êtes les amis de Tristan ? Entrez !  

Il nous escorte en empruntant un couloir, finalement ça ressemble à un petit théâtre car il ouvre une porte sur une loge avec le plan de maquillage. 

-          Je vous laisse vous changer et je reviens vous chercher. Tristan va vous accueillir dès que vous serez prêts.

-          Du diable si je comprends ce que c'est que ce club ; j'ai une sorte d'appréhension au creux de l'estomac.

-          Un club de strip-tease avec des beaux mecs, me dit John en s'esclaffant de rire, si j'ai bien compris ton sauveur n'est pas moche non plus. 

Je le foudroie du regard :

-          Ca va pas, non ? Tu crois que je vais danser pour des strip-teaseurs ?

-          Allez, t'inquiète… on se change et on verra bien. (J'aimerais être John quelquefois)

 

Revêtus de nos costumes, maquillés, nous sommes prêts ; John prend les épées, le CD de musique et ouvre la porte.

Un peu plus loin, dans le couloir, Tristan parle avec le jeune homme blond qui nous a accueilli, nous nous dirigeons vers lui.

-          Ah voilà nos danseurs - Bienvenus et un grand merci de vous être déplacés.

Je lui présente John à qui il serre la main, il se penche et me fait un baise main à l'ancienne, (toujours très classe…il sait y faire avec les femmes…)

-          Voilà Alex, dit-il en nous présentant le beau gosse blond, c'est lui qui s'occupera de la régie. Je vais vous montrer la scène pour que vous puissiez prendre vos repères.

Il nous conduit vers des coulisses et nous entrons sur une scène, petite, mais pas minuscule qui donne sur une salle où sont installées des tables. Donc, c'est bien un night-club mais de quel genre ? Et pour qui allons-nous danser, car il n'y a personne pour le moment.

John va voir avec Alex dans les coulisses pour qu'il puisse passer le morceau de musique et moi, je reste sur la scène avec Tristan. Il me détaille 

-          Joli costume ! Je vous ai vue uniquement dans vos danses irlandaises.

-          Vous m'avez reconnue lors du spectacle ?

-          Facilement ! Vous dansez merveilleusement bien, j'ai hâte de vous voir dans ce solo avec votre ami.

Il appuie un peu trop sur le mot « ami », mais je ne relève pas. Je suis sur le point de lui demander quel genre de spectacle passe dans son établissement mais John revient pour dire que nous allons faire un essai pour le volume de la musique.

-          J'entre par la gauche et Eli par la droite comme nous le faisons habituellement. Peut-on faire vérifier les spots ? (Vous pouvez compter sur John pour être tatillon sur le plan technique).

-          Je vous laisse faire les réglages, dit Tristan, je vais chercher mes amis.

Ah et bien voilà, il doit bien y avoir des amis pour assister à notre démonstration. Une petite fête privée, en sorte.

 

Alex s'occupe de la régie et nous faisons plusieurs essais sur la musique, les éclairages jusqu'à ce que John trouve que tout est parfait.

Nous regagnons les coulisses, attendons le moment où nous pourrons entrer sur scène. Nous en profitons pour faire des mouvements et petits sauts pour nous échauffer, indispensables avant notre solo qui est plutôt athlétique.  

La lumière illumine la scène et Alex fait un signe pour nous dire qu'il va lancer la musique.

John se place sur la gauche et moi sur la droite. Les sons de la cornemuse retentissent dans les hauts parleurs, alors que nous entrons sur la scène, portant les épées. John dépose la sienne et j'ajoute la mienne, croisée au-dessus. Ainsi, nous avons les quatre direction : Est-Ouest, Nord-Sud et nous nous saluons.

La danse consiste en des pas sautés au-dessus des épées avec un changement de quart de tour et des sauts jambes écartées qui sont toujours spectaculaires et suscitent des « oh » d'admiration en général. Un autre aspect est que les kilt volent pendant les sauts, surtout ceux où nous changeons de direction, ce qui est paraît-il très sexy, dévoilant les jambes magnifiquement musclées de mon partenaire et les miennes aussi naturellement, mais on est plus habitué à voire les jambes d'une danseuse que celles d'un homme en « jupette » ! (Je vous rassure tout de suite, nous portons tous deux des boxer noirs sous nos kilts)

Attentionnée à exécuter les pas au plus près des épées je n'ai pas le loisir de jeter un coup d'œil dans la salle. L'astuce est de regarder où on met ses pieds, en ayant l'air de garder la tête droite… pas si facile, croyez-moi et il faut une précision au centimètre pour ne pas retomber au mauvais endroit.

La danse terminée, alors que le morceau de musique continue, nous nous penchons en avant pour saluer, nous reprenons nos épées pour sortir de scène.

Des applaudissements retentissent et bien sûr il nous faut revenir sur la scène pour saluer le public. 

Je donne la main à John, un peu essoufflée et nous avançons tous les deux face à une salle éclairée et un auditoire …d'hommes exclusivement ! Une dizaine de beaux mecs, debout pour nous applaudir. Oups, où sommes-nous donc tombés ? Je chuchote à l'intention de John

-          Tu avais raison, club de strip-teaseurs, mince alors.

 

John me tenant toujours la main m'aide à descendre de la scène pour rencontrer nos admirateurs. Tristan s'avance – après tout c'est lui qui nous a invités – pour nous présenter ses … collègues ?

-          Superbe ! quelle danse ! quels sauts ! Je suis, enfin nous sommes tous admiratifs. Félicitations, vous êtes tous les deux d'excellents danseurs. Je suis ravi que vous ayez accepté de nous offrir ce spectacle. Venez, je vais vous présenter mes amis.

Jeunes, cheveux courts ou longs, blonds ou bruns, ce sont de véritables top modèles masculins de quoi faire tourner la tête des femmes.

Ils nous entourent pour nous féliciter, enfin je dois dire qu'ils entourent John pour lui demander des détails sur la danse, sa formation, son entraînement, etc…

Dix strip-teaseurs et gay en plus ? John est très à l'aise comme d'habitude ; John est l'ami le plus cool que je connaisse, il pourrait se retrouver à discuter au milieu d'une foule de nanas à poil sans se sentir gêné le moins du monde.

Un seul ne l'entoure pas mais reste à mes côtés, Tristan, avec son regard océan, ses cheveux  noirs qui retombent de chaque côté de son visage car il ne les a pas attachés, sa silhouette de danseur souple et féline ; un peu d'imagination et je le vois bien dans un numéro de strip-tease…hummm...

-          Combien d'heures d'entraînement pour arriver à ce niveau ? me demande-t-il. C'est époustouflant.

-          Pas mal, je dois dire, je réponds en souriant.

-          Depuis combien d'années pratiquez-vous ces danses ?

-          Cela fera deux ans cet été que je suis revenue d'Ecosse où j'ai travaillé avec la mère de John. Auparavant, j'avais étudié les danses irlandaises, ici à Londres puis aussi à Dublin. Mais, dîtes-moi, quel spectacle donnez-vous ici ? Style « Chippendales[1] » j'imagine, vous n'êtes que des hommes ? C'est peut-être un peu direct mais je suis vraiment intriguée.

-          Oui, on pourrait dire cela, dit-il amusé, mais des spectacles plus dansés, avec des chorégraphies, c'est pour cela que j'étais très intéressé par votre prestation. Aimeriez-vous assister à une soirée ?

Je dois faire une légère grimace car il ajoute immédiatement.

-        Cela vous choque ? Le strip-tease masculin ? sa voix est très ironique.

-        Ce n'est pas que ça me choque, ça peut être très sensuel et même très artistique, ce que je n'aime pas ce sont ces femmes excitées autour des danseurs, qui essaient de les toucher, fourrent des billets dans leurs strings.

Un éclat de rire me répond.

-        Ah, je vois ! Bien sûr, vous avez raison, ça peut devenir vulgaire, surtout pour vous qui aimez l'art chorégraphique dans sa pureté, mais vous savez, peut-être ont-elles besoin de ce petit piment pour agrémenter leur vie assez terne et nous sommes là pour leur apporter une part de rêve – il me regarde intensément – vous n'êtes pas d'accord, je suppose ?

-        Je n'ai pas à être d'accord ou pas, ce serait comme demander de supprimer les prostituées, je sais que c'est quelque chose qui existe depuis que le monde est monde…seulement je n'aime pas l'hystérie collective de ces femmes…

-        Vous voulez gardez votre intégrité ? Ses lèvres se retroussent légèrement. Il est vrai qu'avec un compagnon comme John, vous n'avez pas besoin d'aller chercher du piment pour votre couple…

-        Oh, mais John et moi ne sommes pas en couple ! Il a une compagne qui, en ce moment, attend un heureux évènement et donc ne peut pas danser avec lui. Je ne suis que sa partenaire de danse et il est, ils sont tous deux, mes meilleurs amis.

-        Vraiment ? Oh j'en suis ravi, laisse-t-il échapper

Je lève un sourcil interrogateur, mais il n'ajoute rien. Ravi que John soit un futur papa ou que ce ne soit pas mon compagnon ?

 

John d'ailleurs se rapproche et me fait remarquer que le temps passe et qu'il a promis de revenir assez tôt chez lui.

-        Ma compagne est enceinte et le terme approche, je n'aime pas la laisser seule trop longtemps, explique-t-il pour Tristan.

-        C'est ce que me disait Elina, dit celui-ci en souriant. Je vous laisse vous changer, je ne voudrais pas vous retarder.

 

Nous avons tout rangé dans nos sacs et sommes prêts pour repartir. Tristan vient nous remercier et nous accompagne jusqu'à la porte donnant sur le parking.

John dépose les sacs dans le coffre de la voiture et j'ouvre la portière …Ne m'oubliez pas sa voix basse et chaude chuchote à mon oreille ; je sursaute et me retourne doucement, mais il est toujours là-bas, sur le pas de la porte, le visage de marbre, aussi immobile qu'une statue.

Je ne m'explique vraiment pas comment il arrive à communiquer par la pensée... cet homme est vraiment un condensé de mystères... 


[1] Les Chippendales sont une troupe de danseurs masculins faisant du strip-tease.



La Suite des "Mordus de la Danse"
http://plumeetparchemin.blog4ever.com/articles/sensualite-et-erotisme


09/06/2014
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