Plume et parchemin

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Les mordus de la danse - chapitre 4 - répétition de danse

Chapitre 4

Une visite à la salle de danse

 

J'ai interrogé John sur son ressenti après notre intervention au club des « Mordus de la danse ». Il les trouve différents des mecs hyper musclés qui figurent dans les spectacles du type « Chippendale ».
-          Ceux-là me semblent plus souples, ils ressemblent beaucoup plus à des danseurs qu'à des strip-teaseurs, tu ne trouves pas ? me dit-il.
-          Je les trouve « félins » enfin si je juge surtout la silhouette de Tristan. Larges d'épaules, mais les hanches très minces, des mouvements très fluides lorsqu'il se déplace.
-          Il te plaît bien ton sauveur? me taquine-t-il.
-          Avoue que j'aurais mauvais goût si je ne le trouvais pas canon ! Ceci dit, il doit être gay comme tous ceux qu'on a rencontrés.
-          Je dirais plutôt « Bi », il semblait s'intéresser à toi, plus qu'à moi.
-          De toute façon, je n'ai pas l'intention de fréquenter son club de strip-teaseurs, tu sais.

John part d'un grand éclat de rire.

 

****************

 

            Nous avons des répétitions avec une nouvelle chorégraphe, Jennifer, en vue d'une représentation de danses, différente de la tournée que nous venons de terminer et qui a duré un an.

Elle veut créer un spectacle s'inspirant d'une légende, en mélangeant la danse de ballet aux traditions celtes. Ce projet me tient à cœur de par ma formation de danseuse classique. Avec appréhension, j'ai repris mes chaussons de pointes car Jennifer veut créer un pas de deux, entre un humain interprété par John et une fée, dansée par moi-même, mélangeant les deux styles, classique et celtique.

Nous sommes donc depuis plusieurs jours en pleine création et c'est assez difficile ; elle teste des pas pour voir ce que ça peut donner entre nous mais nous laisse nous exprimer aussi quand nous avons une idée de mouvements.

Un après-midi, nous avions travaillé sur des enchaînements, des portés et nous faisions une pause, Jennifer buvant son thé à cinq heures sans exception avec la pianiste. Le moment de détente est bienvenu pour nous laisser souffler, nous réhydrater, prendre le temps d'étirer nos muscles fatigués.-          Elina ! appelle une des habilleuses, il y a quelqu'un qui a demandé à te voir.
-          Hein ? où ça  et qui ?
-          Un ami, a-t-il dit. Il ne voulait pas te déranger mais je lui ai dit que tu prenais ta pause. Je pense que c'est un danseur, je le fais monter ? 
-         
Euh ? oui, pourquoi pas ?
Je regarde John à côté de moi,
-          Un danseur ? Qui ça peut être ?
-          Aucune idée … un de tes ex-copains de la danse classique, sans doute ?

Je me lève lorsque l'habilleuse réapparaît, précédant une silhouette vêtue de noir, qu'elle fait entrer.
-          Tristan ! je m'exclame, en me dirigeant vers lui et le regardant interloquée.
-      J'avais envie de voir votre répétition si c'est possible…si je ne dérange pas, ajoute-t-il presque timidement.
-          Par quel miracle avez-vous su que nous répétions ici ?
-          Oh ce n'est pas compliqué, dit-il avec un petit sourire, tout se sait.
-         Ah bon ? J'avoue que je suis plus que sidérée -  vous connaissez John, dis-je en le désignant du doigt parce que je ne sais pas quoi dire.
-          Naturellement !
Ils se saluent et soudain un doute s'insinue dans mon esprit, qui est-il venu voir ? Je regarde les deux hommes qui semblent très à l'aise. Même taille, même allure souple. John a les cheveux châtain clair courts et Tristan est beaucoup plus brun ; ce qui les différencie c'est ce regard bleu-vert extraordinaire alors que John a les yeux noisette et un charme étrange qui émane de mon « sauveur ».
-          Ne me dîtes pas que vous connaissez Jennifer, notre chorégraphe ? je demande soudain.
-          Non, pas elle, mais son frère, dit Tristan en souriant.
-          Eh bien ! le monde est petit ! Vous êtes intéressé par notre nouvelle création ? je le regarde, incrédule.
-          Pourquoi pas ? Vous pensez que m'occupant de mon club, j'ai uniquement des goûts dépravés ? dit-il et je sens un peu d'amertume dans le timbre de sa voix.
-          Non ! ce n'est pas ce que je suggérais, juste que c'est …surprenant - j'essaie de me rattraper.
Mais qu'il arrête de me détailler ! Je me sens déshabillée du regard sachant que je ne porte que mon justaucorps, collé par la sueur et une jupette de voile. Du coup je passe ma serviette autour de mes épaules et la croise devant. Pour échapper au regard trop clair, je me penche pour saisir ma bouteille d'eau. Quand je relève la tête, je capte le regard de John qui me fait un clin d'œil. S'il se met à être complice ça ne va pas m'aider !

Heureusement, Jennifer revient avec la pianiste et apercevant la silhouette noire elle se dirige vers lui.
-          Tristan ! En voilà une surprise, mais qu'est-ce que tu fais là ? C'est Alan qui t'a dit que j'étais en répétitions ?
-          Absolument et je venais voir ce que tu créais de nouveau, Alan m'a dit que c'était très original.
-          Tu as cinq minutes ? Nous travaillons sur un pas de deux entre l'humain et la fée.
-          Avec grand plaisir, d'autant que je connais tes deux danseurs, John et Elina, dit-il en faisant un geste vers nous deux. Je les ai vus dans leur solo de « Sword dance ».
-          Alors, tu vas les découvrir dans un genre absolument différent. Installe-toi !
Il ôte son cache-poussière noir qui lui tombe presque jusqu'au pieds et qu'il dépose sur la barre. Il s'assied souplement sur le sol, les jambes croisées.
-          Bon, les enfants, on reprend - Jennifer se tourne vers la pianiste -  du début, l'entrée… ta …ta ta... elle fredonne les notes.

La pianiste entame le morceau : John s'avance à pas lents, ayant découvert la fée dans la clairière. Il aurait dû être vêtu de son kilt, mais pour répéter il a un short court et on voit onduler les muscles de ses jambes. Notre pas de deux consiste en une sorte de jeu où j'aguiche l'humain qui ose s'aventurer dans mon domaine, il me saisit me porte, je lui échappe entre courus sur les pointes ou grands sauts. John doit paraître très viril et moi très légère.

Je suis un peu embarrassée pour interpréter cette scène de séduction, John est un ami, alors il est très difficile d'être totalement sensuelle avec lui. Jennifer nous interrompt juste à un moment.
-          Eli, tu dois être encore plus aguichante, drague-le à mort, les yeux dans les yeux, séductrice – tu sais que tu dois l'envoûter ! Vas-y, recommence !
Je m'approche de John pour reprendre les pas et il me chuchote à l'oreille.
-          Imagine que c'est Tristan que tu dois draguer, ça va marcher
-          Là, tu fais fort, grommelai-je

Finalement ce n'est peut-être pas une mauvaise idée…

Je reprend la scène, approchant presque lascive, posant ma main sur son épaule, caressant sa joue, la passant dans ses cheveux (en imaginant les longues boucles brunes) ne quittant pas mon partenaire du regard alors qu'il me saisit, me porte à bouts de bras puis me colle contre lui ; je me laisse glisser et quand il doit m'attraper de nouveau, je bondis hors de sa portée, m'échappe en déboulés sur pointes puis m'arrête brusquement pour qu'il me rejoigne et le jeu recommence.

Cette fois Jennifer nous laisse danser la totalité du pas de deux sans nous interrompre.
-          Et bien voilà, vous y êtes ! dit-elle à la fin. C'est beau hein ? – elle pose la question à Tristan, toujours assis près du mur.
-          Wow ! ça donne la chair de poule, dit-il en se levant et en caressant ses bras. Il nous dévisage tous les deux.
-          Bon, on arrête là pour aujourd'hui, vous avez assez bossé les enfants. Demain, on va travailler la scène des fées, donc John tu es libre. Eli tu seras encore au boulot – si tu veux, ne prends que les demi-pointes pour ménager tes pieds, on va mettre au point les déplacements, on fignolera ensuite. 

J'ai déjà les pieds en marmelade alors je suis ravie de savoir que je pourrai les épargner demain.
Je m'affale sur le plancher, j'ai hâte de défaire mes chaussons, je délace les rubans fébrilement.
-          Mal aux pieds ? demande la voix grave au-dessus de moi.
-          Oh oui, toute la journée sur les pointes ça devient très pénible – j'extirpe mon pied droit - ça va pas trop de dégâts - avec précaution j'enlève mon chausson gauche. C'est bien ce que je craignais, les orteils trop comprimés saignent, je dois trouver un pansement.
-          Oh, vous êtes blessée !
Tristan est déjà à genoux devant moi et saisit mon pied entre ses mains. Du pouce, il caresse doucement la zone meurtrie, effaçant les traces de sang et il masse doucement mon pied, appuie ses pouces sur la plante, c'est très agréable, je me détends, le laisse faire, je dois même soupirer d'aise.
-          Ca fait du bien ? demande la voix chaude.
-        Ouiiii… attention de ne pas salir vos vêtements ! Je réalise qu'il doit avoir les mains tachées de sang. Prenez la serviette ! Je lui tends celle que j'avais posée à côté de moi.
Il lèche son pouce au lieu de s'essuyer mais nettoie doucement mes orteils – quelle prévenance, mais quelle étrange manie de lécher ses doigts couverts de sang ! C'est la deuxième fois qu'il le fait !
-          Il faut que je pose un pansement, dis-je d'une voix un peu voilée.
J'attrape mon grand sac à côté de moi et cherche ma trousse de secours - Les pansements sont dedans, j'en saisis un.
-          Donnez, je vais le faire dit-il en prenant le sparadrap – il le sort et l'entoure précautionneusement autour de mon orteil. Il en prend un autre et fait le même geste. Mes orteils sont emmaillotés aussi bien que je le fais habituellement.
-          Merci, vous êtes très doué ! J'essaie de plaisanter.
-          J'ai l'habitude ! Je sauve les jeunes femmes des accidents, je soigne leurs blessures… son regard me fixe intensément.
-          Et que vais-je faire pour vous remercier encore une fois ? Je me noie dans son regard.
-          Je ne sais pas, que me proposez-vous ? cette fois la voix est plus séductrice, le regard pénétrant. Je me demande s'il fait exprès d'être charmeur ou bien si c'est naturel chez lui.
Je réfléchis et lance de but en blanc.
-          Vous aimez la musique ?
-          Oui, naturellement ! dit-il amusé, mais quel genre de musique ?
-          Pas du rock, ni de la pop musique…
-          Classique ?
-        De la harpe. Ma meilleure amie, Marie, donne un récital la semaine prochaine. C'est une excellente musicienne.
-          La harpe ? oh j'adore ça… comme le clavecin, dit-il, les yeux dans le vague.
-          Moi aussi ! Les deux font partie de mes instruments préférés !
-          Nous avons des goûts communs, mais …je m'en doutais – il me sonde de son regard océan et je ne baisse pas les yeux cette fois.
-          J'ai des invitations pour deux personnes à son concert, je serais ravie si vous vouliez bien m'accompagner.
-          Avec grand plaisir ! Très honoré ! dit-il avec une petite courbette.

Je me relève, ramasse mes affaires pendant qu'il prend son manteau. John nous rejoint avec son sac, nous devons passer nous changer dans les vestiaires.
-          J'emmène Tristan au concert de harpe mercredi prochain ! j'annonce, toute fière.
-          Bonne idée ! Vous avez de la chance, dit-il en se tournant vers lui. Je ne veux pas laisser Meghann seule en ce moment, surtout le soir.

Je lui laisse l'adresse du lieu où aura lieu le concert – nous nous donnons rendez-vous à 19 h 30 et brusquement je réalise.
-          Vous n'allez pas manquer à votre troupe, mercredi soir ?
-         Non, dit-il en souriant, nous nous produisons vendredi, samedi, dimanche uniquement. Donc, libre de sortir ajoute-t-il tout joyeux comme un étudiant qui aurait un rencard, et il parait soudain beaucoup plus jeune.






La suite des "Mordus de la danse"
http://plumeetparchemin.blog4ever.com/articles/sensualite-et-erotisme


13/06/2014
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