Plume et parchemin

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Marianne et Brandon - chapitre 2

Chapitre  Deux

 

Brandon se réveilla le lendemain matin alors que le soleil entrait dans la chambre et venait droit dans ses yeux. Quelque chose chatouillait son oreille, il tourna la tête et vit que c'était une boucle de cheveux parfumés, ceux de la jeune femme qui était étendue à côté de lui. Marianne dormait encore, ses longs cils contrastant sur sa peau très claire. La main gauche de Marianne qui portait l'alliance toute neuve reposait sur son bras ; ses boucles de longs cheveux étaient répandues partout sur l'oreiller, quelques unes descendant sur ses épaules nues. Il leva une main et enroula une boucle autour de son doigt, puis il caressa tendrement la joue lisse et douce, émerveillé de sa présence auprès de lui.

 

La nuit précédente avait été bien meilleure que ce qu'il avait pu imaginer ; il savait bien que Marianne n'était pas amoureuse de lui et il s'attendait à des réticences, somme toutes très normales, venant d'une très jeune fille. Il n'avait pas été maladroit et si elle n'avait pas été au devant de ses attentions, elle ne l'avait pas repoussé non plus et avec accepté ses caresses. Il avait eu très peur qu'elle ne chuchote le nom de ce damné Willoughby dans le noir mais elle n'en avait rien fait.  Elle n'avait pas non plus murmuré son nom à lui, mais c'est quelque chose qu'il n'avait pas encore espéré. Il avait éteint les lumières de la chambre ne voulant pas troubler sa pudeur et surtout car il avait peur qu'elle ne fasse quelque comparaison entre lui, déjà âgé, et le jeune homme dont elle avait été amoureuse. Il avait été assez tendre et patient pour qu'elle prenne confiance et accepte ses baisers et ses caresses.

 

Brandon soupira et continuant à caresser la chevelure de Marianne sans y faire attention, il repensa à la nuit précédente ; comme sa peau était douce et soyeuse ! elle lui rappelait les tissus exquis qu'il avait vus aux Indes. Ses lèvres qui tremblaient si tendrement sous les siennes étaient pour lui plus attirantes que n'importe quelle autre chose et s'il ne s'était pas retenu il aurait pu l'embrasser toute la nuit.

 

Brandon fut tiré du cours de ses songes, quand il sentit que Marianne commençait à s'agiter en se réveillant. Elle ouvrit lentement les yeux et vit le regard de Christopher au-dessus d'elle. Elle prit conscience qu'elle était couchée tout près de lui et n'était vêtue que d'une légère chemise de nuit, elle devint écarlate et s'assit, tirant le drap devant elle, ses longs cheveux retombant dans son dos.

 

Brandon s'assit également, et ne la quittant pas des yeux, il dit gentiment :

 

« Bonjour ma chérie »

 

Elle rougit encore plus et bafouillant répliqua :

 

« Bonjour, colonel »

 

Il mit les mains autour de son visage, et souriant lui dit :

 

« Combien de fois devrais-je vous demander de m'appeler Christopher ? entendre mon nom prononcé par vos lèvres est la plus douce des musiques que j'ai jamais entendue et j'espère l'entendre souvent ».

 

Marianne très gênée enfouit sa tête dans les mains de Brandon. Il la caressa, suivant de son pouce la ligne de ses joues.

 

« Ne vous sentez pas embarrassée, mon doux coeur, il n'y a rien de déplacé entre mari et femme ».

 

« Je sais, dit Marianne doucement, mais c'est tellement inattendu de se retrouver dans les bras d'un homme au matin, mari ou non. Personne ne m'a jamais vu si déshabillée, peut-être même pas le docteur, et même si nous nous connaissons depuis des mois, je ne suis pas habituée à l'idée que vous êtes mon mari et que je vais devoir partager votre lit toutes les nuits »

 

« C'est tout naturel que vous vous sentiez hésitante, Marianne, dit Brandon. Vous aurez votre propre chambre, je puis vous l'assurer, si vous le souhaitez. Je comprends que vous sentiez le désir d'être seule dans un lieu où personne ne viendra vous déranger. Nos chambres communiquent par votre salon. Vous pouvez décorer votre chambre à votre guise et j'ai donné des ordres aux servantes pour qu'elles vous installent plein d'étagères pour vos chers livres. Votre piano sera installé dans votre salon. Vous serez toujours la bienvenue ici, dit-il d'un ton un peu hésitant en laissant ses mains retomber. 

 

Marianne nicha sa tête contre l'épaule de son mari et il enfouit la sienne dans ses cheveux.

 

« Je n'ai qu'un souhait, c'est que vous vous sentiez à l'aise. Vous savez bien que mon voeu le plus cher serait de m'endormir dans vos bras chaque soir, mais si vous préférez dormir seule, je ne me sentirai pas insulté.  Je n'ai aucune envie de vous forcer à faire quelque chose que vous ne souhaitez pas faire. »

 

Marianne sentit son coeur battre très fort, elle regarda son mari et lui sourit :

 

-     Merci Christopher ! vous êtes tellement attentionné ; mais je savais en vous épousant que je ne recevrais que gentillesse et attentions de votre part.

 

Ce fut son tour de rosir alors que son épouse le complimentait. Il essaya de dissimuler ce sentiment chaleureux mais bizarrement un peu étrange qu'il ressentait (et qu'il n'avait même pas ressenti du temps de son adolescence alors qu'il courtisait en secret Eliza), il se racla la gorge et répondit :

 

-    Je crois qu'un petit déjeuner serait le bienvenu ? je peux demander à James de nous monter quelque chose.

 

-     Excellente idée que ce petit-déjeuner, dit Marianne. J'étais si nerveuse hier soir que je n'ai pratiquement rien mangé à notre  dîner de noces.

 

-     Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit, si je l'avais su je vous aurais volontiers  fait préparer  un petit en-cas.

 

-    Je ne voulais surtout pas vous ennuyer, répondit Marianne, vous et vos servantes avez déjà tellement été sollicités pour ce dîner, je ne voulais en aucun cas sembler ingrate en réclamant quelque chose d'autre alors que nous avions passé tellement de temps devant des plats sûrement délicieux.

 

-    Ma chère, vous ne m'ennuyez pas du tout. Si vous souhaitez quoi que ce soit, je vous en prie dites-le moi - quoi que ce soit, je le répète !

 

 Marianne répondit avec un sourire, mais il semblait qu'une ombre passait dans son regard sombre et Brandon, vit immédiatement qu'elle pensait à Willoughby.

 

Il sentit une vague de découragement l'envahir car il réalisait qu'il n'arriverait jamais, même en y mettant tout son coeur, à surpasser ce damné Willoughby.  Et l'amour de Willoughby, ça il ne pouvait pas le lui offrir !

 

Une douleur lui serra la poitrine, tandis qu'il la voyait se lever, se draper dans un peignoir de satin qui était posé sur un fauteuil. Elle n'eut pas un regard vers lui, mais alors qu'elle était en train de nouer la ceinture autour de sa taille, elle dit :

 

-  Je vais m'habiller. Voulez-vous me faire signe quand le petit-déjeuner sera servi ? sa voix était un peu guindée, de la même sorte qu'elle aurait donné un ordre à une employée d'un salon de thé.

 

Brandon ressentit encore plus vivement cette douleur dans la poitrine alors qu'il lui donnait son assentiment et qu'il la regardait quitter la pièce. Il l'entendait traverser son salon et ouvrir et refermer une porte.

 

Aussitôt que cette porte fut fermée, Brandon sauta du lit et se dirigea vers sa garde-robe. Il jeta un coup d'oeil dans le miroir puis resta à  contempler son visage, marqué : maintenant qu'il avait atteint 37 ans il voyait de fines lignes se dessiner ; il les suivit du doigt ; ses cheveux semblaient être moins épais qu'avant ; son teint avait été tanné par le soleil des Indes. Dans son esprit il fit la comparaison avec Willoughby avec sa tête couverte de boucles désordonnées, épaisses, son teint aristocratique encore juvénile, ses  rires libres et francs, ses attitudes audacieuses.

 

« Damn' him ! » dit-il à mi-voix. Comment vais-je pouvoir même espérer gagner l'affection de Marianne ? j'ai presque 20 ans de plus qu'elle,  je suis quelqu'un de réservé et je n'ai pas aussi belle allure que ce jeune homme ! comment pourrait-elle oublier le jeune Willoughby, plein de vivacité, toujours riant à côté d'un homme tel que moi ? comment pourrais-je gagner son coeur ?

 

 

 

la suite : https://plumeetparchemin.blog4ever.com/marianne-et-brandon-chapitre-3



06/12/2008
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