Plume et parchemin

Plume et parchemin

Marianne et Brandon - chapitre 6

Chapitre six

 

 Brandon respira à fond, notant comme son haleine faisait un halo de vapeur autour de lui lorsqu'il expirait doucement. Il ressentait la froidure sur ce banc, elle traversait ses vêtements et l'air vif du soir soufflait sur ses cheveux et gelait sa peau. Il regarda vers le ciel qui prenait feu à l'horizon alors que le crépuscule lentement descendait. Il avait toujours aimé s'asseoir ici dans ce jardin pour admirer le coucher du soleil ; c'était imposant mais aussi cela clarifiait ses pensées. Ses pensées étaient plus que bouleversées en ce moment, depuis cet épisode avec Marianne dans le bureau. Il savait qu'elle lui avait menti : ce n'étaient pas des larmes de joie qu'il avait vu dans ses yeux. Son regard était le même que celui qu'il avait vu au début où il lui faisait la cour, quand elle avait été blessée si cruellement par Willoughby. Ses larmes étaient encore en rapport avec cet ignoble individu, Brandon en était sûr.

 

Il soupira, se leva et commença à déambuler sans but, perdu dans ses pensées. Peut-être cette lettre provenait-elle de Miss Grey ? Si la fiancée de Willoughby avait écrit un petit mot à Marianne par politesse, ce n'était pas étonnant qu'elle eut été choquée en se souvenant qu'une autre femme avait pris sa place dans le coeur et la vie de Willoughby.  Brandon pensa que c'était vraiment un manque de tact si Miss Grey avait envoyé un mot à Marianne, sa rivale en quelque sorte. Mais c'était peut-être le moyen que Miss Grey avait choisi pour montrer qu'elle connaissait l'ancien attachement de son fiancé. Il espérait que Willoughby n'avait pas essayé de tenter quelque chose et qu'il serait marié rapidement. Miss Grey serait assez forte pour resserrer ses griffes sur Willoughby et le surveiller, grâce à ses 50,000 livres de rentes qui étaient, heureusement, suffisantes pour le forcer à l'épouser et à oublier Marianne.

 

Brandon était perdu dans sa contemplation quand il entendit une voix familière qui l'appelait. Il tourna la tête et vit Sir John qui avançait à grands pas vers lui. Brandon afficha un sourire de courtoisie et marcha à l'encontre de son vieil ami.

 

-        Brandon, mon garçon ! » s'exclama le vieil homme à la voix tonitruante, j'espérais bien vous voir ce soir.

 

-        Bonsoir, Sir John, dit Brandon, son sourire de commande s'effaçant d'un coup, qu'est-ce qui vous amène ici ?

 

-        J'ai des nouvelles pour vous, les yeux de Sir John cessèrent de pétiller et il prit un air beaucoup plus sérieux, pas vraiment de bonnes nouvelles, Brandon, Willoughby a rompu ses fiançailles avec Miss Grey et on ne l'a pas vu à Londres depuis 4 jours.

 

-        Cassé son engagement ? mais pour quelle raison ? Brandon était soudainement anxieux de connaître la réponse de Sir John.

 

-        Aucune bonne raison n'a été donnée. Ma mère m'a dit que tout avait été fait à la hâte et Willoughby a quitté dans des circonstances vraiment douteuses. Peut-être que ses manières de courir après les femmes ont été rendues publiques ?

 

-        Peut-être, Brandon songea déjà distrait par d'autres pensées : Marianne avait-elle reçu des nouvelles de Willoughby, du fait qu'il avait rompu ses fiançailles et elle regrettait maintenant de s'être mariée avant que Willoughby ne soit libre ? après tout, Willoughby était libre maintenant mais Marianne ne l'était plu. Ceci expliquerait pourquoi elle avait été aussi froide avec lui tout à l'heure dans le bureau et l'avait quitté aussi rapidement, si elle regrettait de l'avoir épousé alors que son ancien amour n'avais plus d'engagement, elle n'avait certainement pas envie de voir son mari qui était la seule raison pour empêcher de réaliser son bonheur.

 

Brandon décida qu'il devait parler maintenant avec Marianne :

 

-       Si vous voulez bien m'excuser, Sir John, je vais voir si Cook peut préparer à dîner, mais avant qu'il puisse ajouter quelque chose d'autre, Sir John l'interrompit :

 

-     Oui, bien sûr, mais ne vous souciez pas de m'inviter, Brandon, vous êtes un nouveau marié, je n'ai pas l'intention d'envahir votre vie privée.

 

Brandon leva la tête avec un sourire presque amusé, « oh, vous ne le feriez pas, Sir John, vous êtes le meilleur en discrétion, je le sais »

 

Sir John rit de bon coeur « Oh, Brandon, mon garçon, ça je ne suis sûrement pas le meilleur ! mais je n'ai pas l'intention de vous déranger car je sentirais que vous restez à table attendant enfin que je me lève pour passer du temps avec la si belle Mrs Brandon !" Il lui fit un clin d'oeil, fit un geste insouciant de la main, puis se retourna et commença à descendre l'allée, sifflotant un petit air joyeux.

 

Brandon le regarda partir puis s'en alla vers la maison. Après avoir tendu son manteau au domestique, il s'enquit :

 

-       Où est Mrs Brandon ?

 

-       Elle est partie vers la maison du pasteur il y a environ une demi-heure, Monsieur, dit la domestique, et après un tout petit moment d'hésitation, comme si elle avait quelque chose à ajouter, elle ne dit plus rien.

 

-       Oui, et quoi d'autre ?

 

-     Et bien, Madame semblait un peu perdue, j'espère n'avoir pas été impertinente, Monsieur.

 

-       Non, je sais qu'elle a reçu des nouvelles qui l'ont bouleversée.

 

-       Rien de trop grave, j'espère, Monsieur.

 

 

 

Brandon fit un signe de tête et se dirigeant vers la bibliothèque, murmura « j'espère que non » alors qu'il ouvrait la porte et se dirigeait vers son bureau.

 

Il prit une feuille de papier et sa plume et commença à écrire :

 

Ma chère Marianne,

 

Alors que j'étais dans le jardin, j'ai rencontré Sir John qui m'a donné les nouvelles troublantes au sujet de Willoughby et de sa rupture de fiançailles. Je n'ai aucun doute sur le fait que vous ayez reçu une lettre similaire ce qui a provoqué votre détresse de cet après-midi. Une détresse que je comprends parfaitement, croyez-le bien. Vous avez besoin de parler avec votre soeur.

 

 Je vous en prie, restez chez Elinor et Mr Ferrars aussi longtemps qu'il vous sera nécessaire. Je serai toujours là pour vous si vous avez besoin de moi. Sachez, que dans cette attente mon coeur et mes pensées seront toutes avec vous,

 

Votre très dévoué mari,

 

Christopher Brandon

 

Il sortit rapidement de la bibliothèque et tendit le petit mot à Giles: "Portez ceci ainsi qu'une valise de Mrs Brandon chez le pasteur. Mrs Brandon va rester chez sa soeur pour quelques jours. Et portez-moi un plateau dans ma chambre ».  Giles approuva et sortit.

 

Brandon était assis dans sa chambre, chipotant la nourriture sur son plateau. Il mangeait seul et ceci pour la première fois depuis son mariage et il ne se souvenait pas d'avoir d'autre souvenir d'un moment où Marianne n'était pas à côté de lui. Il était, comme son vieil ami George King aurait dit, à ruminer ses pensées. Sans Marianne autour de lui pour le sortir de ses idées noires,  Brandon savait qu'il resterait ainsi en silence, maussade jusqu'à son retour. Il soupira et sonna. Quand la servante entra, Brandon lui dit de retirer le plateau et de lui en apporter un demain pour son petit déjeuner. Elle hocha la tête, emportant le plateau à peine entamé.

 

Brandon, machinalement, se changea pour enfiler ses vêtements de nuit. Il s'allongea sur le lit et réalisa encore une fois qu'il y avait ici aussi des signes que Marianne n'était plus là. Il avait réussi à la convaincre de dormir avec lui, dans leur grand lit, mais là, le lit était froid et solitaire sans elle. Brandon, se tourna, retourna mais sans sa légère respiration qui l'amenait au sommeil, il savait qu'il ne trouverait guère de repos jusqu'à ce qu'elle revienne.

 

Deux jours plus tard, Brandon était assis à son bureau dans la bibliothèque, pensif, la tête appuyée sur la main,  harassé par des nuits sans vraiment de sommeil. Il n'entendit pas la porte s'ouvrir doucement ni les pas légers qui frôlaient le tapis, seule une voix murmurée le fit sursauter « Christopher ? » alors qu'une main se posait doucement sur son bras.

 

-       Marianne ? c'est vous ? il n'en croyait pas ses yeux

 

-     Oui... si vous voulez encore me parler ? répondit-elle d'une petite voix, si vous voulez encore de moi ?

 

-     Mais, s'écria Brandon, qu'est donc ma vie sans vous ? venez ! et il lui ouvrit les bras.

 

Marianne vint s'y blottir, nichant sa tête sur l'épaule de son mari « oh, quelle abominable femme ai-je été », des sanglots la secouaient toute.

 

Brandon, caressa sa tête, ses épaules avec des gestes doux en murmurant : 

 

-    Là, là, vous voila revenue près de moi. C'est ce qui compte maintenant ; oubliez ce qui s'est passé.

 

Marianne releva la tête :

 

-       Mais Christopher, comment pourrais-je oublier ce que je vous ais fait subir - non ne m'interrompez pas je vous en prie. J'ai beaucoup appris chez Elinor et Edward ! oui, je sais elle m'a dit « où était mon devoir » mais ce n'est pas ça qui m'a ouvert les yeux. J'ai vu deux personnes peu démonstratives mais qui s'aimaient d'un amour profond, véritable ! ce que j'ai pris pour de l'amour pour ce Willoughby n'était que le résultat de mes idées trop romantiques ; j'ai confondu de grandes démonstrations romanesques pour un attachement véritable. J'ai ensuite compris en les voyant vivre tranquillement ce qu'était véritablement un couple fait pour durer… pas un emballement soudain qui tel un feu de paille brûle intensément et s'éteint sans doute rapidement. De plus, ce que m'avait proposé Willoughby était bien sûr une aberration. Devant l'air interrogateur de Brandon, elle ajouta : « ah vous ne saviez pas ? il voulait que je m'enfuie avec lui, oui moi une femme mariée, vers l'Espagne et il semblait penser qu'on pourrait annuler ce premier mariage - Elinor m'a fait comprendre quel projet insensé il avait conçu,  qui me dégraderait, ferait de moi une réprouvée. Mais je vous le répète, Christopher, c'est surtout cet amour que j'avais en tête qui devait disparaître pour que je puisse enfin comprendre en quoi consistait la vie d'un homme et d'une femme mariée. J'ai aussi fait une comparaison entre les caractères d'Edward et Elinor et le votre : Vous êtes un homme estimable mais exempt d'orgueil, vous avez du bien mais n'en faîtes pas étalage comme vous n'étalez pas votre savoir et pourtant je vous sais très cultivé, vous savez écouter les opinions des autres mais gardez votre jugement personnel, vous êtes sérieux, modéré, sincère, vous ne vous emballez pas mais avez en vous une grande sensibilité – ne m'interrompez pas Christopher !  toute la différence avec la personne que je ne nommerai plus qui aimait briller en société, affirmait ses opinions et critiquait ceux qui ne lui convenaient pas, et pensait qu'étaler au grand jour ses sentiments les plus intimes était la manière de faire croire qu'il était plus apte à aimer.  Votre coeur est le plus généreux qui soit Christopher, votre lettre me l'a prouvé encore une fois, pas un mot de reproche, seulement des paroles encourageantes, en pensant à moi !  J'ai compris tout cela et je vous promets d'essayer de me changer en une jeune femme moins écervelée et de modérer...

 

-        Marianne, l'interrompit Christopher, ne changez pas à ce point ! c'est ainsi que je vous aime, vous le savez bien. Vous êtes ma lumière, ma source de gaieté, j'aime vous voir rire, j'aime vous voir vous enthousiasmer avec cet air juvénile. J'ai été très touché par vos paroles et je suis extrêmement ému que vous ayez perçu tout cela en moi - oui, c'est sans doute ainsi que je suis - trop sérieux, homme d'honneur avant tout, mais sachez que mon amour pour vous est aussi fort et intense que celui d'un ... Il ne put prononcer le nom car Marianne avait posé sa main sur ses lèvres « ne dites plus jamais ce nom,  je ne veux plus l'entendre sans me sentir honteuse à jamais »

 

-          Il va falloir oublier ces moments pénibles, personne n'en sait rien sauf votre soeur et Mr Ferrars et naturellement je compte sur leur entière discrétion. A nous de trouver un compromis pour que vous vous sentiez heureuse ici ; je suis quelquefois taciturne et je voudrais que vous me le disiez franchement.

 

-          Ah, mais qui est ce capitaine George King qui m'a envoyé une petite note ? il mentionne ce fait que vous aviez une propension à, comment a-t-il dit déjà, à oui, à ruminer vos pensées ?

 

-       Tout à fait exact ! Brandon se mit à rire -  il me connaît bien ! le capitaine George King est un vieil ami qui a navigué avec moi vers les Indes et croyez-moi il a eu le temps de percer à jour mes travers - ruminer, oui, c'est ce qu'il me disait !! ah ah  et il vous a écrit ?

 

-      Une charmante lettre dont j'ai apprécié la franchise et j'ai compris à travers ses lignes qu'il vous avait en grande estime, comme un frère en quelque sorte

 

-      Un frère d'armes oui, on pourrait dire cela. Marianne, vous m'aiderez à sortir de ma réserve ? ajouta timidement Brandon

 

-       Oh bien sûr Christopher, je n'osais pas auparavant, mais je me sens plus proche de vous maintenant que j'ai compris beaucoup de choses et vous, de votre côté, vous essaierez de tempérer mes idées trop romanesques !

 

-          ça, je ne sais pas si je le ferai, dit-il avec un grand sourire, je vous aime telle que vous êtes !

Ils finirent par tomber dans les bras l'un de l'autre et s'unirent dans un profond baiser, beaucoup plus amoureux qu'un simple baiser de mari et épouse.... Marianne et Le colonel Brandon s'étaient enfin trouvés.

 


 

 

 

 

Fin de l'histoire - 



06/12/2008
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 5 autres membres